Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Eric AXEL - KARNAG PUCES

La vie à Carnac, mais aussi le Cinéma, l'humour, la cuisine et plein d'autres choses - Pour nous joindre : ericaxel@jslm.net

OLIVIER LEPICK. « LE NOVITCHOK EST L'AGENT TOXIQUE LE PLUS DANGEREUX »

Source texte et image : Le Télégramme le 07 avril 2018 PROPOS RECUEILLIS PAR GWEN RASTOLL

 

Le Carnacois Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique, consacre ses travaux à la question des armes chimiques. Les spectaculaires utilisations, récemment observées, d'agents innervants transmettent toutes, selon lui, un message de terreur.

 

Malgré l'incapacité des analyses à confirmer l'implication du gouvernement russe dans l'empoisonnement de l'agent double Sergueï Skripal et de sa fille loulia, vous restez convaincu que l'opération porte la signature du FSB ...

Il y a peu de doute possible. Dans le monde, très peu d'acteurs sont capables de produire ce toxique qui est un agent innervant de type militaire que seuls des États peuvent produire.

Si ce Novitchok n'a jamais été utilisé, comment peut-on être certain qu'il provienne de la Russie ?

Son histoire est voilée de mystère car l'existence de ce programme n'a jamais été admise par les autorités russes et n'a été révélée par un dissident scientifique soviétique qu'à la fin des années 90. C'est d'ailleurs également à cette période que certaines sources mentionnent son utilisation sur un oligarque russe à Moscou... Mais il n'y a aucune confirmation.

De quoi parle-t-on exactement ?

De ce qui est probablement l'agent toxique le plus dangereux jamais produit pour un usage militaire. C'est une horreur. Il bloque le système nerveux en inhibant une enzyme responsable de la transmission nerveuse. Le Novitchok est considéré comme cinq à huit fois plus létal que les d'autres agents innervants, comme le gaz sarin (utilisé par le régime de Bachar Al-Assad contre ses adversaires en Syrie). Après l'adoption de la Convention sur les armes chimiques par les Nations unies, et sa signature en 1993, des listes de produits chimiques interdits ont été établies. Les Russes ont alors imaginé une autre voie : fabriquer

un nouvel agent toxique à partir de produits ne figurant pas sur la liste de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (Oiac). Les ingrédients des agents de la famille Novitchok étaient tous autorisés individuellement. Ce n'est qu'une fois combinés qu'ils devenaient toxiques. Les éléments pouvaient donc être transportés individuellement sans crainte. En cas d'interception par les services de sécurité étrangers, les agents russes avaient la possibilité de se couvrir en prétendant qu'ils transportaient ces produits en toute légalité.

À LIRE SUR LE SUJET : Affaire Skripal. Moscou accuse la Grande-Bretagne et les États-Unis

 

Pourquoi prendre le risque de contaminer l'entourage des cibles et de faire des victimes collatérales, en déclenchant en réaction l'ire des gouvernements, comme cela a été le cas en Angleterre ?

Il y a un message envoyé à plusieurs niveaux. D'abord, la Russie veut terroriser les détecteurs. C'est le message de Poutine à la communauté des transfuges : « Quand bien même vous avez été échangés, on vous garde à l'oeil et, à un moment ou un autre, on vous aura». Si vous trahissez la Mère patrie: vous trouverez la mort dans d'affreuses conditions. Ensuite, il y a le fait que cela survienne avant les élections en Russie ... Poutine montre qu'il ne craint personne. C'est une démonstration de force à l'adresse de la communauté internationale. Mais c'est aussi une tradition des services secrets du FSB, ou auparavant du KGB, dans laquelle on retrouve beaucoup d'exemples, comme le « parapluie bulgare » et son empoisonnement à la ricine ou encore le polonium utilisé sur l'ancien membre des services secrets russes réfugié à Londres, Alexandre Litvinenko, en 2006.

 

Et pourtant, Skripal est en vie ... Les Russes avancent que tel ne serait plus le cas, s'ils étaient vraiment derrière cela ...

Le message n'est pas obligatoirement de le tuer, mais de provoquer la terreur et de punir. La toxicité de ce produit est telle que, même s'il s'en remet, il aura de lourdes séquelles toute sa vie (*). Mais il faut admettre que le mode opératoire reste obscur ... Il n'y avait sans doute pas une intention de produire des dommages collatéraux (outre Skripal et sa fille loulia, un agent de police a également été touché) et d'impliquer d'autres personnes. L'agent ne devait peut-être pas être utilisé dans un lieu public mais, c'est une possibilité, diffusé en aérosol dans le système de ventilation de la voiture de Skripal. ..

Cette opération rappelle l'exécution du demi-frère de Kim Jong-un ... Effectivement. Le VX utilisé est bien moins puissant que le Novitchok mais là aussi, le geste est programmé. Une telle attaque, dans un endroit comme un aéroport, en plein jour et au milieu de la foule, ne doit rien au hasard ou à la précipitation : non seulement, on châtie les traîtres mais on envoie un message à la communauté internationale en apportant la preuve que la Corée du Nord est une grande puissance chimique.

Doit-on vraiment craindre le retour de la guerre froide ?

Cela n'a jamais vraiment arrêté. Depuis 2010, on dénombre 25 cas d'espions russes qui ont été victimes d'accidents « malheureux » ... dont certains ne relèvent d'ailleurs en rien de l'accident.

Paradoxalement, ce sont les Russes qui sont parvenus à convaincre Bachar-al-Assad de détruire son arsenal chimique ...

Oui, et cela a sans doute été « globalement » fait. Mais même s'il ne lui reste pas grandchose, quelques tonnes de neurotoxiques, il a et va probablement continuer à utiliser l'arme chimique de façon constante et répétée. Les récentes attaques contre des fiefs rebelles à la Ghouta le démontrent encore une fois.

* Ce vendredi, l'hôpital de Salisbury où est soigné Sergueï Skripal a annoncé que son état s'améliorait rapidement. « Il n'est plus dans un état critique ». Sa fille va également beaucoup mieux. Par ailleurs, Moscou a rejeté, ce vendredi, les informations de la presse britannique selon lesquelles la substance utilisée pour empoisonner /'ex-espion russe a été fabriquée dans une ville fermée de la région de la Volga.

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :